Cette semaine, la BCE a annoncé avoir octroyé des prêts à trois ans aux banques pour un montant de 529,5 milliards d’euros, portant le total de son programme de refinancement à 1.018,5 milliards d’euros. Selon nous, l’injection de liquidités par la banque centrale a soutenu les actions à l’échelle mondiale. Cependant, la persistance des problèmes de la zone euro et le ralentissement de la croissance des économies émergentes et des bénéfices des entreprises en général nous incitent à conserver une position prudente à l’égard des actions.
Les actions américaines ont poursuivi leur ascension, affichant chaque jour des gains plus réguliers mais aussi plus modestes. L’indice S&P 500 a clôturé huit des dix dernières journées de cotation en territoire positif. Le tableau est moins réjouissant dans la zone euro, où le rebond semble s’essouffler. À nos yeux, la politique monétaire et la liquidité constituent les principales forces motrices du récent rebond aux États-Unis. Nous pensons toutefois que la probabilité d’un troisième assouplissement quantitatif par la Fed diminue presque chaque jour.
Même si le programme de prêts à trois ans de la BCE a changé le sentiment sur les marchés obligataires de la zone euro, les prêts bancaires sont restés faibles en janvier. L’enveloppe d’un milliard d’euros libérée dans le cadre de ce programme ne consiste pas uniquement en de nouvelles liquidités : elle remplace en partie des prêts à échéance plus courte. Quoiqu’il en soit, le LTRO a permis d’éviter une crise du crédit. Le montant de 529,5 milliards d’euros est légèrement supérieur aux prévisions, mais la véritable surprise a été créée par l’augmentation sensible du nombre de banques recourant à ce programme : de 523 pour la première tranche à 800 pour le LTRO 2. Étant donné que le montant total correspond plus ou moins aux attentes, les marchés d’actions n’ont pas ou peu bronché.
Selon nous, l’environnement de marché – compte tenu des changements fiscaux et réglementaires, de l’activité économique et des difficultés budgétaires de la zone euro – reste défavorable. S’agissant des perspectives économiques, nous estimons que l’économie américaine parviendra de moins en moins à surprendre positivement ; parallèlement, une légère récession semble probable en zone euro. Les actions sont surachetées selon nous : 80% des valeurs du S&P 500 se négocient actuellement au-dessus de leur moyenne glissante de dix semaines.
Aux États-Unis, c’est la confiance des consommateurs qui a volé la vedette : l’indice Conference Board a atteint son point le plus haut en février depuis la fin de récession et ce, malgré la montée continue des prix du pétrole et du gaz. Cette enquête met également en évidence un vent d’optimisme sur le marché de l’emploi : notamment, les nouvelles demandes d’allocations de chômage ont baissé.
Les chiffres sur les biens durables aux États-Unis ont déçu en janvier : les commandes ont reculé de 4% en rythme mensuel. Bien que ces données soient volatiles et que les commandes enregistrent traditionnellement des volumes réduits au premier mois du trimestre, nous suspectons une cause plus structurelle à ce déclin – les crédits d’impôts (qui viennent à expiration) ont soutenu les commandes à la fin de l’année passée. Les commandes de biens d’équipement de base ont atteint un plancher vieux de neuf mois.
Les données sur l’immobilier résidentiel aux États-Unis ont largement confirmé son redressement, les ventes de logements en cours progressant en janvier. Après avoir enregistré des gains élevés les mois précédents, les prix et les ventes de nouveaux logements ont baissé en janvier.
Concernant la zone euro, l’indice du climat économique s’est amélioré dans la plupart des pays, suggérant que l’éventuelle récession ne devrait être que faible et de courte durée. L’Espagne a été la principale exception à cette tendance. Alors que les marchés obligataires espagnol et italien ont rebondi récemment grâce au programme de liquidités de la BCE et de la nouvelle situation politique, les données sur le climat économique indiquent qu’un retour à une croissance décente reste difficile.
Les chiffres de janvier sur les agrégats monétaires – les premiers depuis l’instauration du LTRO – montrent que, bien que la croissance de la masse monétaire et des prêts bancaires reste très modérée, la BCE est parvenue à éviter un « credit crunch ».
L’inflation dans la zone euro s’est établie à 2,7% en rythme annuel en janvier : l’inflation de base, qui exclut les prix de l’alimentation et de l’énergie volatils – s’est repliée de 1,6% en décembre à 1,5% en janvier. Ces statistiques montrent que l’inflation n’est pas problématique dans la zone euro : la BCE peut ainsi maintenir sa politique monétaire ultra-accommodante. À ce propos, nous prévoyons au moins une réduction de taux par la BCE cette année.
Au Japon, l’indice PMI du secteur manufacturier a reculé légèrement en février : à 50,5, il continue de signaler une croissance. Le taux de croissance reste toutefois négatif à -0,9 % en rythme annuel : l’industrie nippone n’a pas encore récupéré les pertes engendrées par le tsunami de l’année passée. Depuis que la Banque du Japon a annoncé un nouvel assouplissement quantitatif, le yen s’est affaibli quelque peu, bien qu’il reste proche de ses niveaux record à long terme.
En Inde, la croissance du PIB a ralenti à 6,1% en rythme annuel au 4e trimestre de l’année 2011, soit un plus-bas depuis le 2e trimestre 2009 à l’époque où l’économie se redressait après la récession mondiale. La confiance des producteurs dans les secteurs de la manufacture et des services s’est améliorée au cours des derniers mois. La production industrielle a connu un peu de volatilité ; l’inflation s’est clairement apaisée. Dans ce contexte, il ne sera pas facile pour la RBI de prendre une décision : son gouverneur a cependant clairement indiqué que le cycle de resserrement de la banque centrale a atteint son sommet.
S’agissant de notre allocation d’actifs mondiale, nous n’avons pas changé notre positionnement sur les principales classes d’actifs : nous restons neutres sur les actions, les obligations, l’immobilier, les convertibles et les matières premières. Au sein des actions, nous surpondérons les marchés émergents par rapport aux marchés développés et surpondérons l’Europe par rapport aux États-Unis, où les valorisations restent beaucoup plus élevées que celles en Europe. Selon nous, le scénario négatif de la récession ou de la persistance de la crise de la dette souveraine a déjà été largement intégré par les marchés. Ceci dit, une recrudescence des problèmes de dette souveraine pourrait affaiblir l’euro par rapport au dollar. Concernant les produits de taux, nous surpondérons les obligations d’entreprises de qualité « investment grade » et à haut rendement ainsi que la dette des marchés émergents libellée en devise forte. Nous sommes neutres sur la dette locale émergente et sous-pondérons les obligations indexées sur l’inflation, ce qui diversifie le risque de notre portefeuille. Notre position longue sur la duration des obligations d’État nous permet de couvrir le portefeuille qui est davantage exposé aux actifs à risque.
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